Acheter un château en Espagne

C’était bientôt la rentrée des classes. Ils avaient tout prévu. Une maison en Espagne, un déménagement avec toute la famille et la vente de leur maison à Stains pour rembourser le prêt relais. C’était sans compter sur la réalité qui va se mettre en face de leur chemin…
On est en en hiver, quelques mois avant l’été annonciateur des grands projets pour quiconque a des enfants scolarisés et ne souhaite pas les perturber en cours d’année. J’ai récupéré le dossier au moment où la vente était au ralenti. La mise à prix était très élevée, de l’ordre de 615 000 € de mémoire pour une maison dans le 93. Jamais, absolument jamais de l’histoire des vente immobilière, il ne s’est vendu une maison au delà de 400 000 € dans ce secteur. Je demande donc à voir nos clients. Je demande aussi à voir notre estimation. L’estimation est au-delà de 600 000€ donc outrageusement au-dessus de ce que la raison voudrait. L’effroi s’empare de moi, je ne sais pas à ce stade comment je vais sortir de cette situation, et pour cause, je sais déjà que je n’en sortirai pas indemne.
Je vais donc entrer dans une lutte infernale, avec un client qui ne me connaît pas encore, pour lui faire entendre raison et mettre sa maison au bon prix pour réussir son projet avant la rentrée qui arrive. Evidemment, il ne peut s’y résoudre. Il ne peut comprendre pourquoi l’estimation est erronée. Il est pourtant très influent, et cela se voit aussi que, comme beaucoup de clients, il a voulu cette estimation. Et pour une raison très simple, avec une estimation élevée, il peut faire un prêt relais à la banque qui va faire confiance en l’estimation. Et on entre alors dans le risque majeur du crédit relais, sans vente, ou sans vente au prix, le désastre financier pointe le bout de son nez. Je connais la réalité, il a demandé à mon négociateur un montant, et mon collaborateur a mis ce prix sans discuter. Je l’ai compris aux éloges sans retenue du client envers mon salarié “un homme exceptionnel, gentil, avenant”…
Évidemment, il finira par quitter l’agence et dénoncer le mandat, évidemment mon collaborateur sera licencié quelques mois plus tard pour ce qui est clairement une faute qui nous engage. Eux laisseront leur maison en vente sur les différents sites pendant des mois et des mois, baissant de 50 000 € le prix à chaque mise à jour, on se serait cru à négocier un tapis sur un marché local.
Ne jamais surestimer un bien, jamais. Ne jamais croire en l’agence qui fait l’estimation la plus élevée, jamais. Ne jamais acheter un château en Espagne avant d’avoir vendu votre bicoque dans le 93, jamais !
Et toujours dire la vérité au client, toujours. Il en va de leur projet, parmi les plus importants d’une vie. Les finances d’un foyer se remettent rarement d’un projet immobilier raté.