L’euro numérique : la lutte contre l’inflation et contre la fraude ?

Je sais, cher lecteur, vous devez penser que la période est morose. On sort à peine d’une crise et en voilà une autre. Après la décroissance, la pandémie, on nous dit qu’il faut en gérer une autre, celle de la monnaie. Trop de monnaie et les prix montent alors il faut rapidement réduire la surface monétaire pour éviter la catastrophe. Et si un autre prisme d’analyse existait : l’euro numérique !
Doit-on voir ses mesures comme une lutte contre l’inflation ? Ou bien prépare t’elle à la mise en oeuvre de l’euro numérique ? L’inflation est-elle subit ou est-elle pilotée par l’injection monétaire ?
En introduction, il est extrêmement important de savoir que la quantité d’argent disponible est une quantité limitée. Si vous ne réalisez pas ceci, cher lecteur, et que vous imaginez l’argent infini, alors ne lisez pas la suite et allez lire des magazines utopistes. Vous n’êtes assurément pas au bon endroit.
1- Réduction de la surface monétaire pour contrer l’inflation ?
Pour résumer et simplifier, notons que le gouvernement agit actuellement sur les points suivant:
- Réduction des crédits accordés aux entreprises et aux particuliers. (Au second trimestre, la « production » des crédits s’est effondrée de 40,8% par rapport à la même période de 2022, selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA)
Cette réduction a pour effet de contrôler la masse monétaire. Les gens remboursent leur crédit et n’ont pas accès à des nouveaux crédits. On tend donc à réduire la quantité de monnaie disponible.
- Contrôle des salaires et augmentation toujours plus réduite ou en retard sur l’inflation. En effet les hausses de salaire sont calculées en fonction de l’indicateur Insee de l’inflation, qui est très très loin de la réalité. On le sait désormais.
Cette mesure est présentée comme un moyen de limiter l’inflation avec la fameuse boucle Salaire/Inflation. Or, on peut imaginer, qu’en réduisant les salaires comparativement à l’inflation, les gens vont devoir utiliser leur épargne. Cette épargne est conséquente, elle est le double de la dette totale de l’Etat.
Les mesures prises ont donc, par un double mécanisme, un impact direct sur l’inflation. Il est donc indéniable que l’Etat veut contrôler l’inflation et éviter l’emballement, c’est notre conclusion intermédiaire numéro 1.
Le lecteur averti notera subsidiairement que la création monétaire n’est pas nulle, il reste de l’octroi de crédit donc on est sur un ralentissement de l’inflation et non sur une déflation.
2- Réduction de la surface monétaire pour contrer la fraude ?
Souvenez vous, 2016, l’Inde annonce annuler la valeur des billets de 500 et 1000 roupies, parmi les plus utilisés. 86 pour cent de la monnaie devient sans valeur réelle du jour au lendemain. Tout un chacun est contraint d’aller les échanger. L’objectif est de récupérer les bas de laine, d’éviter trop de liquidité qui permet d’utiliser l’argent sans le déclarer. Cette opération fut un échec. On verra plus tard pourquoi c’est important dans la stratégie actuelle de passage à l’euro numérique.
Et alors, pardi, vous vous demandez pourquoi à intervalle régulier, on vous change la monnaie ? C’est simple, à force d’être en circulation, celle-ci s’accumule dans des réserves, légale comme l’épargne, ou illégale comme les bas de laine ou marché noir. Il suffit de changer de monnaie et on fait un « reset ».
On comprend clairement pour les billets, étant non traçables une fois en circulation, mais pourquoi la monnaie sur votre compte en banque ne répond pas entièrement au besoin de lutte contre la fraude ? L’état dépend encore des banques, organisme privé. Il se rend bien compte, que malgré les règles imposées aux banques, il n’arrive pas à tout savoir. La banque garde quelque chose de secret, inhérent à sa liberté propre sur son domaine de propriété. Pire encore, si deux personnes font une transaction en liquidité, personne ne sera au courant. La monnaie sur votre compte a un droit de conversion en billet, instantanément. Il en sera sans aucun doute différent avec la version digitale : vous ne pourrez pas avoir un billet en échange. L’euro numérique, permettrait il enfin de contrôler les transactions entre particulier, là où toutes autres tentatives (Lydia, Virement instantané …) ont échoué ?
3- Réduction de la surface monétaire pour ouvrir la voie à l’euro numérique !
En préambule très succinct, nous rappellerons que l’euro numérique est un euro dont le numéro ne figure pas sur un billet mais sur un fichier centralisé. A chaque utilisation de cet euro, la Banque Centrale recevra un certain nombre d’informations enregistrées sous le numéro de l’euro utilisé. Avant cela, un billet avait un numéro, mais personne n’a jamais contrôlé ce numéro pour dire « Henri a acheté une baguette de pain à Paule avec ce billet ». Au mieux, on savait dire en relevant son numéro, sa date de fabrication et de destruction. Maintenant ce sera le cas. Un peu comme votre rémunération qui apparait toute seule aux impôts. A une époque pas si lointaine, les impôts n’avaient pas accès à cette information, maintenant oui. Avant la banque centrale ne savaient pas ce que vous aviez acheté avec vos 20 euros, maintenant elle saura ce que vous avez acheté avec vos 20 euros numériques.
Bien ou pas bien, peu importe, je ne m’aventure pas dans ce débat mais je suis très intéressé d’avoir vos commentaires. Vous verrez plus loin mes conseils.
Voici la planche concernant l’avant-projet sur l’Euro numérique (écrit en anglais, véridique, alors qu’à ma connaissance, l’anglais n’est langue officielle d’aucun des pays de l’EU) :

Vous noterez que le timing correspond étrangement avec la réduction brutale des encours de crédits et de la masse monétaire. La fin des financements est intervenue pile au moment où le plan prévoit une réflexion sur la quantité d’euros en circulation.
A tout hasard, je rappelle à tous les valeureux managers qui lisent ce post : une base de la conduite du changement est d’écrire « projet » sur tous les documents pour ne pas faire face à une levée de boucliers des plus réfractaires aux changements. Et hop, la pilule va passer toute seule. Je vous conseille donc de lire la planche précédente au premier degré. Quand il est écrit « preparation of decision making document« , supposer que la décision est déjà prise est une idée tout à fait raisonnable.
Conclusion et perspective sur l’euro numérique
Tout laisse donc à penser que
1- le contrôle de l’inflation est un prétexte à la mise en oeuvre de l’euro numérique. Ou bien l’inflation est devenue une opportunité au lancement de l’euro numérique. La méthode utilisée prend en compte les expériences dans d’autres pays, notamment l’Inde récemment.
2- La décision de mise en oeuvre semble déjà prise depuis Juillet 2021.
3- l’appelation « euro numérique » ne comporte le terme euro que par choix arbitraire de vocabulaire. Il aurait pu prendre le nom d’une toute nouvelle monnaie avec un taux de change à 1.
On verra dans un prochain article, pourquoi c’est inévitable à l’échelle nationale contre la fraude et à l’échelle du monde pour gagner la concurrence des monnaies.
D’autres articles sur les entreprises ici : https://www.julienbarthes.com/category/entreprenariat/
Sur l’immobilier ici : https://www.julienbarthes.com/category/breves-dimmobilier/